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MOZART - Requiem


WOLFGANG AMADEUS MOZART
(1756-1791)

Requiem en ré mineur K. 626

Simone Kermes (soprano)
Stéphanie Houtzeel (alto)
Markus Brutscher (ténor)
Arnaud Richard (basse) 
The New Siberian Singers
MusicAeterna 
Teodor Currentzis (direction)

ALPHA - 178


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Un disque Alpha n’est jamais un disque comme un autre. Rarement, il laisse indifférent. S’agissant du Requiem de Mozart par Theodore Currentzis, je savais, d’instinct, avant même de le glisser dans mon lecteur, que quelque chose de spécial m’attendait, bien que, comme de nombreux mélomanes disposant de multiples versions de cette œuvre mythique, je pensais avoir tout entendu d’elle. C’était sans compter sur la vision insolite de Currentzis qui confirme ici qu’il est bien l’un des chefs les plus engagés du moment, sinon l’un des plus intéressants – ceux qui connaissent sa version de la Quatorzième Symphonie de Chostakovitch me comprendront (voir ici). Doté d’un esprit large et ouvert, il permet à la musique de s’exprimer librement, tandis qu’avec d’autres, elle semble se répéter invariablement. Bien qu’exempte de censure, son approche reste conforme à la morale religieuse. Ajoutées à l’accentuation des contrastes, sa grande dynamique et sa transparence sont toutefois de nature à provoquer l’auditeur dans ses convictions. En effet, la traduction de cette Messe des morts n’est pas, si j’ose dire, de tout repos. Plus attachée aux idées baroques qu’aux aspirations romantiques, tout en visant la sobriété par la diminution de ses effectifs, elle se focalise sur les détails – sur trop de détails, diront ses détracteurs. Il en résulte une interprétation aux multiples rebondissements. Si la plupart sont judicieux, on est bien forcé d’admettre que certains peuvent agacer : les contrastes maladroits du Confutatis et les grelots superflus qui clôturent le Lacrimosa, par exemple. Hormis ces quelques légers bémols, l’ensemble dégage une forte impression. Animé par une spiritualité sincère, le quatuor de solistes est digne et largement convaincant – plus spécialement le ténor, Markus Brutscher –, sans pour autant être inoubliable. La cohésion et les couleurs du chœur de l’Opéra de Novossibirsk sont remarquables. De même, la netteté des attaques et des contrastes, l’individualisation des timbres et la totale clarté de l’orchestre de chambre servent une direction musicale, certes souvent plus théâtrale que sacrée, mais toujours respectueuse du texte. N’est-ce pas là l’essentiel ?

T. HERVÉ - 05/2011